Exposition personnelle
Par gestes qui s'effacent les uns les autres
L.A.C 

1 rue de la Berre – Hameau du Lac 11130 Sigean 

Le titre de l’exposition provient de « Faune et Flore », Le parti pris des choses que Francis Ponge publia en 1942. Dans ce texte, l’auteur offre une réflexion sur le monde naturel et nous invite à contempler les relations entre les « choses » du vivant. À la fois métaphorique et descriptif, ce poème recueille l’essence même de la nature. La flore se déplie à l’oeil écrit-il. Une suite d’actes remplit l’espace, remplace le précédent. Les gestes doivent être sûrs, impossibles repentirs. Chacun des gestes des végétaux et autres organismes ne laissent pas seulement une trace, il lègue une présence, une naissance indissociable de ces mouvements. 
Sylvie Lagnier, commissaire de l'exposition

Exposition collective
Ici, ailleurs et au-delà. L’artiste et le territoire
Musée Paul Dini, Villefranche-sur-Saône

En 2026, le musée municipal Paul-Dini célèbre son 25e anniversaire ! L’occasion d’explorer à nouveau son histoire et ses collections. Ces dernières offrent un panorama de la création artistique en Auvergne-Rhône-Alpes de 1800 à nos jours, en présentant des artistes ayant un lien de vie ou de travail avec la région. L’exposition Ici, ailleurs, au-delà. L’artiste et le territoire questionne cette notion de lien au territoire. De quelle nature sont ces relations établies, que les artistes soient originaires d’une région ou seulement de passage ? L’artiste peut-elle, peut-il être à la fois ancré dans un lieu et s’adresser à tous, viser l’universel au travers de la fenêtre de l’« ici » ?

L’exposition aborde, par trois approches différentes, les rapports qui peuvent se créer entre un artiste et un territoire. Une grande diversité de paysages caractérise la région Auvergne-Rhône-Alpes. Que les artistes soient originaires de la région ou bien effectuant des séjours occasionnels, ils s’inspirent des paysages traversés. Certains souhaitent garder trace de la richesse naturelle, alors que d’autres explorent le rendu des lumières et des atmosphères. […]

Tout au long de l’exposition, retrouvez un parcours ludique et interactif ainsi que de nombreux évènements sont proposés pour accompagner votre visite.

avec Emmélie Adilon, Adolphe Appian, Ghazale Bahiraie, Niloufar Basiri, Antoine Berjon, Blanc et Demilly, Claude Bonnefond, Louis Bouquet, Marie Bourget, Guénaëlle de Carbonnières, Louis Carrand, Clémentine Chalançon, Victor Charreton, Micheline Colin, Jean Couty, Awena Cozannet, Christine Crozat, Nicolas Daubanes, Marc Desgrandchamps, Numa Droz, Véronique Ellena, Jean Fusaro, Delphine Gigoux-Martin, Joseph Guichard, Frédéric Khodja, Géraldine Kosiak, Yann Lacroix, Maxime Lamarche, Marie-Claire Mitout, Nelly Monnier et Eric Tabuchi, Francis Morandini, Hélène Mouriquand, Suan Müller, Laurent Mulot, Sohyun Park, Jean Puy, François-Auguste Ravier, Bernard Stofleth, Augustin Thierriat, Léa Tissot, Jacques Truphémus, Maurice Utrillo, Suzanne Valadon, François Vernay, Bruno Yvonnet.

Past Time Paradise

Past Time Paradise
de Frédéric Khodja(peinture)
et Jacques Sicard (prose).
20 x 14.8cm, 60 pages,
200 exemplaires.
Editions les murmurations, 2025.


 , 2025
Past Time Paradise est le dialogue entre peinture et cinéma tissé par Frédéric Khodja, artiste plasticien, et Jacques Sicard, écrivain et critique de cinéma. En septembre 2021, le premier propose d’étranges figures à l’encre colorée, sortes d’autoportraits traités comme des personnages fétiches ; le second répond par un texte à la fois descriptif et évocateur.

« Ut pictura cinema – Comme la peinture, le cinéma. Oui, si l’on précise que comparer n’est pas équivaloir. Qu’à la différence de la peinture, dont elle fut l’électif média, le cinéma est né sans dieu. Et que contrairement au caractère explosif du pigment, l’achromie native du photogramme manifeste une lassitude toute de retrait. » J.S.
texte de présentation

L’être cinéma et autres figures (F. Khodja & J. Sicard)

Je me suis penché souvent, et avec émotion, sur les pousses qui s’établissent dans les joints, dans les fissures du béton des chaussées, dans des lacunes et des interstices. Petites vies discrètes. Volontés farouches. Humbles expressions de vies intercalaires ou marginales, germinations adventices.
Parfois ces vies s’extirpent de la couleur, de l’encre, de tâches, à la faveur de paréidolies ou parce que la main qui fouille du pinceau est encline aux figures. S’amuse ou se délasse à les voir naïvement surgir comme font parfois au fil des mots les pensées aux heures hypnagogiques. Et c’est rêvassant qu’on place ici deux points comme on coudrait des boutons de chemise au visage d’une poupée de chiffon. Une canne ou une jambe, l’esquisse de bras, le sac d’un ventre. On fait pareil à la fin du repas en piquant de cure-dent un bouchon de liège, en tordant, quadrupède, le muselet d’une bouteille de mousseux (géniale danse des petits pains chez Chaplin).
Il n’en faut pas davantage pour que depuis la feuille l’événement s’incorpore (ou s’incarne), même sommairement, même fragilement, et vous regarde.
Parfois même c’est à travers vous qu’il regarde, simple mouvement depuis la feuille, depuis la tâche, en direction de l’espace atmosphérique. C’est un possible. Ou un désir dont on ne sait dire s’il vient de l’artiste ou de la matière elle-même. Vous croisez un regard en somme, une existence embryonnaire, transgressive, farouche, chétive ou fière, qui vous ouvre à son monde.
Il est difficile de ne pas se laisser aller à sa petite musique. Pour l’artiste qui s’embarque à sa suite, apprivoise son mouvement de houle, comme pour celui qui feuillette l’illustré de leur suite. Vous détaillez alors chaque silhouette qu’éclaire théâtralement l’écran blanc du cinéma de papier comme si c’étaient les figures d’une fête paysanne dans un tableau de Bruegel.
Quelques surréalistes s’y essayèrent, croisant Bashô et Hokusai ou même Dubuffet et Novarina. Pour ne rien dire des soleils ou des nuages, des maisons faisant visage (ou des visages faisant maison) dans les dessins d’enfants.
Connaissez-vous La petite personne de Perrine Rouillon ? Allez y voir, c’est cousin de ce que j’évoque ici : « De loin, ça ressemble à un grabouillage, de près c’est de la schizo-philosophie, drôle.Tout étant dans tout, comme d’hab’, la Petite Personne c’est toi quand t’es introspectif, mais c’est aussi l’auteur se roulant en boule sur lui-même ; ça se prend pour Dieu et pour rien, c’est du haïku en dessin ».

Ce serait presque assez au fond que délicatement des figures advenues se signalent par leur seule morphologie. Mais il faut les reconnaître. Du moins nous les reconnaissons. Et c’est ainsi que Frédéric Khodja, qui les a trouvés dans l’encre comme s’il fallait toujours que la vie naisse du liquide, leur dit leur nom. On dit d’où l’on est comme d’où l’on naît en jetant dans l’espace sonore un mot qu’on a reçu en guise de totem. On salue l’être paysage, l’être cinéma, l’être géographique, l’être anthropologue, l’être nuit en leurs variations comme Proust le visage d’Albertine démultiplié en ses diverses apparences.
On ne souvient que dans l’Égypte ancienne il était échu au dieu Ptah de prononcer le nom des choses pour les faire exister, comme on le lit sur une tombe à Saqqarah : « toi qui passe, prononce mon nom afin de ma donner la vie éternelle ».
Mais voilà : ces choses nous émeuvent. Nous meuvent. Il nous en faut témoigner. Et puisque nous sommes êtres de langage, c’est par lui que nous accueillons ces corps visibles, ces aventures, ces advenues. Comment elles nous rejoignent, comment d’une pensée, d’une phrase qu’elles inspirent, dans leur singularité, leur altérité bonhomme, ces vies germinatives nous concernent, cela force à se dire. Alors, Jacques Sicard, dont on connaît les cinépoèmes, le goût pour la prose de Baudelaire, réalise quelques instantanés comme Francis Ponge jadis prenait le parti des choses les plus humbles. De quoi répond-il ? De leur véracité ? témoignant pièce à pièce. De sa rencontre ? De nos irrépressibles besoins de tisser des histoires, de voir dans chaque trace un signe ? De ce que la langue noue la pensée et la main dans une forme de saisie singulière qui est comme un palpé des choses du monde ?
Du plaisir de dire la gymnastique de la conscience ? Sans doute de tout cela simultanément. Guidant le regard, il convoque aussi des sensations anciennes, des échos, tout en respectant le silence de l’image. C’est tenu, dense, mais léger aussi, à la manière d’un télégramme (« je vous attendrais à midi six sur le quai, je porterais un polo bleu clair et une valise en carton bouilli »). Il dit ce qu’elles déclenchent en lui, en nous comme on écrirait au dos de cartes postales.
Par exemple :
« En colère. Très en colère. Mains enfoncées dans les poches. Du moins une. Pas forcément un enfant (je pense néanmoins à la trilogie cinématographique de Bill Douglas : Portrait d’enfance), bien que vêtu d’une culotte courte. Culotte et jambes issues de la même peau mandarine, peut-être d’une même étoffe aux cent piqûres – tel un pantalon bouffant du début du XXe siècle. Un chandail à col roulé aubergine et la tête comme un blason ou un heaume : profil sans proéminences, lisse ; l’orifice en amande pour le regard froid ; sur l’arrière, bleu noir, la chevelure ou le plumet. Il est penché vers l’avant sans pour autant marcher. Chercherait-il un empilage de grimes pour en faire un lieu de jeu ? La tête inexpressive est le théâtre d’une guerre de mille ans. »
On va ainsi, de dessin en dessin, de texte bref en texte bref comme les pèlerins marquent leur pèlerinage de stations. Et une histoire advient, par notre lecture même, notre progression dans les pages. Nous sommes l’Alice transportée dans le paradis du temps passé, le paradis du temps que nous passons, du temps que nous déployons à chaque fois que nous nous mettons en marche.
Jeremy Liron, in LES PAS PERDUS, 2025

Past Time Paradise, Frédéric Khodja & Jacques Sicard dans une très belle édition Les murmurations.

Past Time Paradise
Past Time Paradise
Past Time Paradise
Past Time Paradise