Exposition collective
Oniric Lanscapes
Fondation Bullukian, Lyon.
du 09/02/2022 au 16/07/2022
ONIRIC LANDSCAPES
Charlotte Denamur, Vanessa Fanuele, Frédéric Khodja, Christian Lhopital
Fondation Bullukian, Lyon

À travers le regard de quatre artistes, l’exposition Oniric Landscapes est une invitation à parcourir des paysages rêvés, fantasmés, aux contours et contenus insaisissables et parfois obsédants. Puisées au plus profond de l’intime et librement inspirées de l’imaginaire, les œuvres attestent des multiples chemins qu’empruntent les artistes pour nous inciter à confronter les paysages naturels à nos mondes intérieurs.
L’évasion commence avec Frédéric Khodja, dont les territoires symboliques et poétiques bousculent nos repères et notre perception de l’espace et nous transportent vers des milieux indéfinis et atemporels : visions vaporeuses et sensibles de paysages lointains qui semblent pourtant si familiers.
Commissaire de l'exposition : Fanny Robin

 
Revue Édition
Monstruosa N° 38
Participation à la revue d'art contemporain Monstruosa, Metz, mai 2022.
Monstruosa est un espace de réflexions, de discussions et de diffusion dédié aux pratiques du dessin contemporain.
Publication dans le numéro 38 de la revue Monstruosa, Metz, mai 2022, d'un montage issu de la série inédite Afriques fantômes, 2019.

Sous le regard

Par Jérémy Liron, 2012

biographie de l'auteur.e

Jeremy Liron est diplômé de l'école des beaux-arts de Toulon et de celle de Paris. Agrégé d'arts plastiques, Jérémy Liron mène de front une carrière d'artiste, d'écrivain. Il a participé à de nombreuses expositions collectives ou personnelles.
Il est l'auteur d'estampes éditées par l'URDLA. Depuis 2006, son travail est présenté par la galerie Isabelle Gounod à Paris.

Il est toujours étonnant de constater comme les choses les mieux établies, les plus fermes en apparence, en viennent parfois à gondoler, à onduler sous le regard pour se transfigurer et échapper finalement à ce en quoi on voulait les enfermer. Que l'on regarde longuement : c'est l'instabilité du monde qui se révèle à nous. Car les images, malgré leur fixité apparente, défient le regard dans ce qu'il pose de certitudes, dans son autorité. Elles font vaciller les jugements catégoriques qui construisent le monde, ceux-là que nous dressons à chaque instant pour s'y appuyer comme les chauves-souris sondent de leurs cris les volumes de la nuit.

Les dessins de F. K. ont quelque chose de sec, d'aride parfois dans leur frontalité brute, dans les silhouettes dures qu'ils assènent. La ponctuation qu'ils dressent les fait ressembler un peu à des caractères frappés ; de ceux que l'on trouve de plus en plus rarement sur les tables à casiers d'un typographe ou sur les tipons et emporte-pièce des tapissiers. C'est que la noirceur du crayon ou de l'encre s'inscrit sur la clarté du papier en un motif compact quoique réservé par endroit et modulé dans ses ombres, si bien qu'on en viendra à parler de silhouettes mêlées, de motifs, presque d'idéogrammes ; et dans leurs confusions végétales, anthropomorphes ou géométriques, rêveuses ou construites, de chimères. Mais voilà, aussitôt recensées les parties, observées les textures et jugé de l'ensemble, le sentiment bascule. Les certitudes faseyent, avec notre aplomb, et offrent à voir un monde autre. Le dessin vous happe. On en vient à cette étrange sensation que dans votre regard, c'est l'image qui vous fixe, muettement. Est-ce le motif de la fenêtre, de l'ouverture qui fait office de seuil et porte vers son au-delà ? Le jeu enveloppant des ombres ? Les formes qui, dans leurs convulsions, vous deviennent attachantes ? Ce n'est pas tant l'oeil qui s'ajuste au monde que le regard, c'est à dire la relation que l'on entretient avec le visible. Progressivement, les dessins glissent de leur réalité froide, matérielle, vers une relation particulière qui en fait un abîme ou une figure amicale. Ça vous arrive parfois dans les couloirs des hôtels, à attendre dans des chambres ordinaires en fixant une de ces reproductions habituelles de peintres impressionnistes : un semeur de Van Gogh est venu à moi dans des circonstances analogues. Michelet avait déjà noté dans La Mer, comme l'immobilité morne d'une berge peut révéler, pour peu qu'on y arrête longuement le regard, une vie grouillante et riche. On en vient à se demander si les images, pareilles au Portrait de Dorian Gray de Wilde, n'en viendraient pas à vieillir à votre place pour peu que vous fassiez durer longuement le regard.