Exposition personnelle
Par gestes qui s'effacent les uns les autres
L.A.C 

1 rue de la Berre – Hameau du Lac 11130 Sigean 

Le titre de l’exposition provient de « Faune et Flore », Le parti pris des choses que Francis Ponge publia en 1942. Dans ce texte, l’auteur offre une réflexion sur le monde naturel et nous invite à contempler les relations entre les « choses » du vivant. À la fois métaphorique et descriptif, ce poème recueille l’essence même de la nature. La flore se déplie à l’oeil écrit-il. Une suite d’actes remplit l’espace, remplace le précédent. Les gestes doivent être sûrs, impossibles repentirs. Chacun des gestes des végétaux et autres organismes ne laissent pas seulement une trace, il lègue une présence, une naissance indissociable de ces mouvements. 
Sylvie Lagnier, commissaire de l'exposition

Sous le regard

Par Jérémy Liron, 2012

biographie de l'auteur.e

Jeremy Liron est diplômé de l'école des beaux-arts de Toulon et de celle de Paris. Agrégé d'arts plastiques, Jérémy Liron mène de front une carrière d'artiste, d'écrivain. Il a participé à de nombreuses expositions collectives ou personnelles.
Il est l'auteur d'estampes éditées par l'URDLA. Depuis 2006, son travail est présenté par la galerie Isabelle Gounod à Paris.

Il est toujours étonnant de constater comme les choses les mieux établies, les plus fermes en apparence, en viennent parfois à gondoler, à onduler sous le regard pour se transfigurer et échapper finalement à ce en quoi on voulait les enfermer. Que l'on regarde longuement : c'est l'instabilité du monde qui se révèle à nous. Car les images, malgré leur fixité apparente, défient le regard dans ce qu'il pose de certitudes, dans son autorité. Elles font vaciller les jugements catégoriques qui construisent le monde, ceux-là que nous dressons à chaque instant pour s'y appuyer comme les chauves-souris sondent de leurs cris les volumes de la nuit.

Les dessins de F. K. ont quelque chose de sec, d'aride parfois dans leur frontalité brute, dans les silhouettes dures qu'ils assènent. La ponctuation qu'ils dressent les fait ressembler un peu à des caractères frappés ; de ceux que l'on trouve de plus en plus rarement sur les tables à casiers d'un typographe ou sur les tipons et emporte-pièce des tapissiers. C'est que la noirceur du crayon ou de l'encre s'inscrit sur la clarté du papier en un motif compact quoique réservé par endroit et modulé dans ses ombres, si bien qu'on en viendra à parler de silhouettes mêlées, de motifs, presque d'idéogrammes ; et dans leurs confusions végétales, anthropomorphes ou géométriques, rêveuses ou construites, de chimères. Mais voilà, aussitôt recensées les parties, observées les textures et jugé de l'ensemble, le sentiment bascule. Les certitudes faseyent, avec notre aplomb, et offrent à voir un monde autre. Le dessin vous happe. On en vient à cette étrange sensation que dans votre regard, c'est l'image qui vous fixe, muettement. Est-ce le motif de la fenêtre, de l'ouverture qui fait office de seuil et porte vers son au-delà ? Le jeu enveloppant des ombres ? Les formes qui, dans leurs convulsions, vous deviennent attachantes ? Ce n'est pas tant l'oeil qui s'ajuste au monde que le regard, c'est à dire la relation que l'on entretient avec le visible. Progressivement, les dessins glissent de leur réalité froide, matérielle, vers une relation particulière qui en fait un abîme ou une figure amicale. Ça vous arrive parfois dans les couloirs des hôtels, à attendre dans des chambres ordinaires en fixant une de ces reproductions habituelles de peintres impressionnistes : un semeur de Van Gogh est venu à moi dans des circonstances analogues. Michelet avait déjà noté dans La Mer, comme l'immobilité morne d'une berge peut révéler, pour peu qu'on y arrête longuement le regard, une vie grouillante et riche. On en vient à se demander si les images, pareilles au Portrait de Dorian Gray de Wilde, n'en viendraient pas à vieillir à votre place pour peu que vous fassiez durer longuement le regard.