Passages
Peintures, 2026
texte de présentation
Les Passages sont un motif récurrent, initié en 1999 à Collioure (résidence et exposition, Musée d'art moderne et contemporain),poursuivit en 2021 (exposition Oniric landscapes, Fondation Bullukian, Lyon). Ils scénographient un espace où voiles, rideaux et masses offrent tout en cachant des espaces, de la lumière. Des objets (biographiques) participent dans chaque peinture à une narration fiction. Peintures à l'huile sur toiles libres, 33 x 28 cm.
Ces signes, l’autre ne peut que les dire, et le tableau se déploie entre dire et faire, Mais pour chacun, il se déploie entre espace sensoriel et espace mémoire. Le peintre donne ainsi à partager une expérience de l’entre-deux-espace, où l’œuvre lui a échappé pour se produire comme lieu de rencontre, cycle des passages.
(...)
Sébastien Écorce, avril 2026, Paris.
Passage de Frédéric Khodja, Jacques Sicard, mars 2026, Toulon.
Deux tableaux. Raccordés comme au cinéma. Un plan d’ensemble, un plan serré. Dans l’un, à
gauche, un coin de pièce haute de plafond : on ne le voit pas, mais les lignes portent haut ; un
angle en deux panneaux colorés de dominantes bleue et rose, un sol où est posé un élément de
mobilier. Dans l’autre, isolé, cet élément.
Regardez cette pièce, elle est vieille et laide, elle m’a toujours manqué. On n’est nulle part
aussi mal que dans son pays. On n’est nulle part aussi bien que chez soi. C’est là que j’ai été
le plus éloigné du babil de l’enfant. Là, qu’en adulte j’ai pensé à ma mort à l’exclusion de
tout. L’auteur de L’Afrique fantôme aurait passé les dernières années de sa vie dans une
immobilité chaisière.
Une chaise de cuisine, de confection ancienne, faite de bois et sans doute de paille tressée. Du
meuble, il ne reste que la moitié du piétement, les deux pieds arrière, que prolonge le dossier
composé d’un cadre vide et de deux barreaux transversaux ; l’assise a disparu ne laissant
paraître que deux moignons emboîtés perpendiculairement dans le montant pied-dossier. Le
tout ressemble à un homme stylisé dans la posture du somnambule. Peut-être qu’un homme
s’est assis là, son délice a été si grand qu’il s’est changé en son assise, qu’au bout d’un temps
incertain la chaise s’est redressée comme frappée de somnambulisme humain.
Somnambulisme et non pas insomnie. Le somnambule est un homme qui marche, soudain
possédé par le sommeil. Il a ma préférence. L’insomniaque est un dormeur contrarié par le
jour en 3X8.
Peut-être, et différemment, que la paire de tableaux représente un dehors. Ce serait une vue
extérieure. Un coin de rue, étroite, d’un quartier populaire. Son nom de rue des Riaux. On
devine une fenêtre, haute, près des toits où nichent les hirondelles. Deux façades, une rose
frappée par la lumière ; une bleue, ombreuse. La chaise cassée a été déposée là sur le trottoir.
Elle attend le passage des boueux. Comme un voyageur, une valise à la main, attend le train. –
Ces signes, l’autre ne peut que les dire, et le tableau se déploie entre dire et faire, Mais pour chacun, il se déploie entre espace sensoriel et espace mémoire. Le peintre donne ainsi à partager une expérience de l’entre-deux-espace, où l’œuvre lui a échappé pour se produire comme lieu de rencontre, cycle des passages.
(...)
Sébastien Écorce, avril 2026, Paris.
Passage de Frédéric Khodja, Jacques Sicard, mars 2026, Toulon.
Deux tableaux. Raccordés comme au cinéma. Un plan d’ensemble, un plan serré. Dans l’un, à
gauche, un coin de pièce haute de plafond : on ne le voit pas, mais les lignes portent haut ; un
angle en deux panneaux colorés de dominantes bleue et rose, un sol où est posé un élément de
mobilier. Dans l’autre, isolé, cet élément.
Regardez cette pièce, elle est vieille et laide, elle m’a toujours manqué. On n’est nulle part
aussi mal que dans son pays. On n’est nulle part aussi bien que chez soi. C’est là que j’ai été
le plus éloigné du babil de l’enfant. Là, qu’en adulte j’ai pensé à ma mort à l’exclusion de
tout. L’auteur de L’Afrique fantôme aurait passé les dernières années de sa vie dans une
immobilité chaisière.
Une chaise de cuisine, de confection ancienne, faite de bois et sans doute de paille tressée. Du
meuble, il ne reste que la moitié du piétement, les deux pieds arrière, que prolonge le dossier
composé d’un cadre vide et de deux barreaux transversaux ; l’assise a disparu ne laissant
paraître que deux moignons emboîtés perpendiculairement dans le montant pied-dossier. Le
tout ressemble à un homme stylisé dans la posture du somnambule. Peut-être qu’un homme
s’est assis là, son délice a été si grand qu’il s’est changé en son assise, qu’au bout d’un temps
incertain la chaise s’est redressée comme frappée de somnambulisme humain.
Somnambulisme et non pas insomnie. Le somnambule est un homme qui marche, soudain
possédé par le sommeil. Il a ma préférence. L’insomniaque est un dormeur contrarié par le
jour en 3X8.
Peut-être, et différemment, que la paire de tableaux représente un dehors. Ce serait une vue
extérieure. Un coin de rue, étroite, d’un quartier populaire. Son nom de rue des Riaux. On
devine une fenêtre, haute, près des toits où nichent les hirondelles. Deux façades, une rose
frappée par la lumière ; une bleue, ombreuse. La chaise cassée a été déposée là sur le trottoir.
Elle attend le passage des boueux. Comme un voyageur, une valise à la main, attend le train. –