Exposition collective
Oniric Lanscapes
Fondation Bullukian, Lyon.
du 09/02/2022 au 16/07/2022
ONIRIC LANDSCAPES
Charlotte Denamur, Vanessa Fanuele, Frédéric Khodja, Christian Lhopital
Fondation Bullukian, Lyon

À travers le regard de quatre artistes, l’exposition Oniric Landscapes est une invitation à parcourir des paysages rêvés, fantasmés, aux contours et contenus insaisissables et parfois obsédants. Puisées au plus profond de l’intime et librement inspirées de l’imaginaire, les œuvres attestent des multiples chemins qu’empruntent les artistes pour nous inciter à confronter les paysages naturels à nos mondes intérieurs.
L’évasion commence avec Frédéric Khodja, dont les territoires symboliques et poétiques bousculent nos repères et notre perception de l’espace et nous transportent vers des milieux indéfinis et atemporels : visions vaporeuses et sensibles de paysages lointains qui semblent pourtant si familiers.
Commissaire de l'exposition : Fanny Robin

 
Revue Édition
Monstruosa N° 38
Participation à la revue d'art contemporain Monstruosa, Metz, mai 2022.
Monstruosa est un espace de réflexions, de discussions et de diffusion dédié aux pratiques du dessin contemporain.
Publication dans le numéro 38 de la revue Monstruosa, Metz, mai 2022, d'un montage issu de la série inédite Afriques fantômes, 2019.

Gilles

Gilles, pour une petite géométrie de silence
Objet vidéographique, piratage dansé, Montpellier, 2005
Extraction à partir de 90 images numériques 
Avec Elsa Decaudin et David Olivari
texte de présentation
Neuf minutes trente-quatre secondes

Je suis au balcon à fumer une cigarette.
En face, les volets de l’immeuble s’ouvrent par longs cliquetis.
Les jambes puis les torses de mes voisins apparaissent avant de disparaître derrière des rideaux. Dans la rue au-dessous, une femme marche et crie, secouée à en faire tomber son sac à provisions.
Je regardais cette femme, en 1979.

Une des petites géométries, image taillée dans la lymphe grise est aujourd’hui hantée.
Habitée d’une présence qui se mêle de noir et de bras, de jambes, à l’écran cervical.
C’est bien ça. Un écran de silence, vide à l’air intérieur et à ciel ouvert.
Elsa me dit qu’à force de la regarder, elle voit la rue en bas de la maison, les fenêtres fermées,
les fenêtres comme des yeux, qui parsèment le grand toit.
Elle me dit qu’il n’y a personne dans cette rue et que le commerce avec ses étals et sa porte ouverte lui semble abandonnés. Comme après une rafle.
Je lui parle de Chaplin, de ce film où Charlot revient ouvrir son salon de coiffure. Quel film ? je ne m’en souviens pas dans l’instant.
Le dictateur, dit Elsa.
Les tonalités de cette géométrie sont dans l’exacte qualité des débuts du parlant. Ces gris, ces ombres légères et figées, cet effacement qui avance en brumes.
Je pense à Marie-Laure, mon amie qui écrit depuis Nice. À cette année où elle a vécu dans les petites géométries, à ses mots fantastiques.
Brasilia est une ville géométrique me dit Elsa. Construite sur une sauvagerie.
Dimanche 6 février. La pluie a caché le ciel sec.
Le petit objet existe, il mesure neuf minutes et trente-quatre secondes.
Cette semaine à venir il faut écrire des textes. Elsa et gilles de la Tourette. Emmanuel et ses troubles obsessionnels du comportement.Ses troubles.
Je vais filmer par petits fragments, mes choses rangées dans des boîtes, dans des tiroirs, sur des tables, dans l’atelier, à l’abri. Hiver 2005.

J’enregistre.