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Entretien avec Marie-Pierre Donadio

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Marie-Pierre Donadio
Musée de Collioure / Collioure / Octobre 2001 /



Pour Marie-Pierre, en mémoire.

Nous avons choisi ce texte, parmi les quelques textes écrits par Marie-Pierre Donadio, entre 1998 et 2001, pour saluer la mémoire de cette jeune critique talentueuse disparue prématurément. Marie-Pierre devait écrire un texte consacré à mon travail en 2002.



MPD : Pouvez-vous revenir sur le principe de la résidence ?

FK : Lorsqu’on propose à un artiste de faire une résidence, il est aimanté par un lieu. En ce qui me concerne ce fut Collioure qui jouit dans ma mémoire d’une dimension intime, et qui s’inscrit dans l’ histoire moderne picturale. Cela n’est pas neutre de prendre possession d’un espace où d’autres artistes ont travaillé. J’arrivais après Jérôme Dupin, il restait des marques de ses peintures au sol. Il a donc fallu que je m’acclimate progressivement à ce nouvel endroit. Une résidence sert à faire du nettoyage, à affiner, à clarifier.

MPD : Comment êtes-vous arrivé à Collioure ?

FK : Sur invitation de Joséphine Matamoros, Conservatrice des musées de Céret et Collioure. En train… Comme Matisse. J’ai quitté mon atelier montpelliérain et petit à petit je me suis installé, j’avais encore l’idée d’une pratique liée à mon atelier (les premières toiles et dessins réalisés en résidence étaient montpelliérains).

MPD : Comment avez-vous utilisé l’atelier ?

FK : Il y avait deux ateliers. Un atelier fermé que j’ai nommé « l’homme assis » avec un poste de musique, un bureau où je pouvais dessiner, un espace sentimental. Le second était un atelier ouvert, « homme debout », consacré à la pratique picturale. C’était un espace très venté où les toiles libres accrochées au mur remuaient et claquaient. La tramontane règle en partie le climat de cette région et ce vent caractéristique m’inspirait des motifs ciselés par le ciel, nettoyés de toutes les scories. Les montagnes sont extrêmement bien dessinées et les massifs du village, totalement nets. Les ombres comme l’avait constaté Matisse, sont mouvantes à Collioure. Le « … Quand bruit le vent » d’Apollinaire est dans ce paysage en présence. Et dans la peinture qui est elle-même, me concernant, est une pratique climatique.

MPD : Comment avez-vous articulé vos journées durant ces six mois ?

FK : Le matin, j’allais courir ou nager. Je pouvais ainsi enregistrer des images. Je découvrais des perspectives différentes et je travaillais le motif sur place. Le quartier du musée s’appelle le Faubourg, il a une histoire très particulière, c’était le quartier des anars, des poètes, des trabandistes. J’ai pu redécouvrir une géographie, le rapport entre le ciel, l’eau et la pierre. C’est un pays schisteux, très rocailleux avec des brillances et des matités extrêmement prégnantes. Ce territoire a été un réservoir d’images.

MPD : Des éléments vous ont-ils vraiment marqué à Collioure ?

mpFK : Le vin rouge et l’huile d’olive…Parfois certains se demandaient si mes peintures n’étaient pas faites avec du jus d’aubergine ou des pigments alimentaires. J’ai redécouvert à Collioure les rideaux des portes d’entrée des maisons méditerranéennes. J’ai notamment observé et dessiné un rideau composé de segments de roseaux articulés. Celui-ci laissait entrevoir l’intérieur de la maison, mais ni l’intérieur, ni l’extérieur ne m’intéressait véritablement, mais bien plus l’écran que composait ce rideau. La notion du visible et du caché avait été au même moment, le thème d’une recherche avec les étudiants de l’ESA de Perpignan, cette recherche a donné lieu à une exposition à la Halle aux poissons à Perpignan récemment. Mes dessins et ma peinture viennent se glisser entre ces deux notions.

MPD : Votre travail a-t-il changé ?

FK : En rentrant de Collioure, j’ai eu la sensation que mon atelier de Montpellier ressemblait à un cabinet de curiosités, un lieu dédié au dessin. Je l’ai alors modifié pour en faire un espace de productions picturales. Les peintures sont exécutées sur de la toile, elles peuvent avoir n’importe quel format. Ce sont aujourd’hui des peintures libres, avant elles étaient plutôt littéraires…

MPD : Depuis quelques années on entend dire que la peinture est morte, que pensez-vous de cette affirmation ?

FK : C’est une sublime idiotie. J’espère être simplement là pour assurer que la peinture est bien vivante. Dire que la peinture est morte, c’est dire que le climat n’existe plus. Je qualifierai ces détracteurs de « pollueurs »…



Marie-Pierre Donadio



© Frédéric Khodja & La Rue de Russie
2009 / 2012