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Une pierre est née

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Philippe Saulle
Extrait du catalogue / les Olivétains / Saint Bertrand de Comminges / Avril 2005 /




A l’ombre de la cathédrale de Saint Bertrand de Comminges, si chargée d’histoire, dans la « fosse aux ours » voûtée des Olivétains, sur ces murs de pierres des Pyrénées, Frédéric Khodja présente 76 dessins en plusieurs séries.
Il faudra un certain temps d’attention et d’observation au visiteur pour entrer doucement dans le monde complexe et si secret de l’artiste, se laisser porter par ces rêves étranges, bercé d’humour et de simple élégance. Parcourir aussi ses légendes soignées…
Avec une rigueur qui lui est parfaitement sienne, calculant au moyen de ses propres chiffres les données euclidiennes de ses dessins, Frédéric Khodja compose de façon récurrente des éléments d’architecture. Il dit lui-même qu’il est du « dedans », qu’il n’est pas un errant naturaliste mais, urbain, plutôt sédentaire, fasciné par les méandres et les vortex élaborés par la communauté humaine pourtant tellement désordonnée.
En parallèle des séries « architecturées » d’autres dessins plus compulsifs (tracer les poils de l’ours…) plus « ronds », plus organiques, mais qui s’inscrivent eux aussi dans cette nécessité de dénuement, rompent les lignes de l’enfermement. Au « dedans du dedans », là où finalement se rencontrent les expériences de la vision, les avatars de la sensualité ou les couleurs de la mémoire. L’enfance aussi est toute proche, avec ses terreurs, ses visions aberrantes, ses monstres logiques enfouis dans l’archaïque souvenir collectif qui vient là, à la surface de la feuille, simplement, dans un dénuement nécessaire. Ils ne sont pas loin les artistes romans, soucieux de dire la profusion du monde en trois coups de ciseaux à pierre.
Comme eux, d’une certaine façon, Frédéric Khodja, convoque peu à peu son répertoire : l’escalier, les grilles, la mâchoire, les dents, l’âne, le cercueil, le diablotin jaillissant, le traîneau, la bête, les lignes... Ici, chaque trait signifie… Pour distiller le maelström obscur de ce qui était, afin d’aérer les mystères.



Philippe Saulle

© Frédéric Khodja & La Rue de Russie
2009 / 2012